Au Sénégal aussi, la ruée vers l'or c'est violence et prostitution
(De Diabougou, Sénégal oriental) Depuis deux ans, c'est au tour du Sénégal de connaître une ruée vers l'or. La direction des mines estime à 300 tonnes la quantité d'or dans le sous-sol sénégalais. Résultat : sociétés minières et orpailleurs de toute l'Afrique de l'Ouest affluent au Sénégal oriental, cette région enclavée à plus de 800 km au sud-est de Dakar, la capitale.
Diabougou, petit village de cultivateurs dont le sol est riche de ce métal précieux, est rapidement devenu un lieu surpeuplé, sans accès à l'eau, à la santé, à la justice ni à l'éducation.
C'est un endroit complètement improbable, perdu dans la brousse et isolé de tout, à quatre heures de piste de Kédougou, la principale ville du Sénégal oriental. Pourtant, vivent ici des milliers de personnes, dans le bruit des motos importées de Guinée, des moteurs des machines nettoyant l'or et des coups de maillet brisant les pierres et laissant découvrir des particules de ce métal précieux.
Un gros nuage de poussière flotte constamment au-dessus des habitations construites à la va-vite, à l'aide de bois et de bâches en plastique bleu et noir.
A l'origine, Diabougou est un petit village de cultivateurs, situé à quelques kilomètres de la frontière malienne. Entre l'agitation des chercheurs d'or, les vendeurs ambulants, le marché, les cuisiniers et les charretiers poussant sans cesse de gros bidons jaune remplis d'eau, on trouve les cases de ce village, où le vieux chef est tranquillement assis sur sa chaise en bois, satisfait des retombées économiques qu'apporte cette ruée vers l'or.
A Diabougou, chacun a son rôle. Il y a les casseurs de pierre, les acheteurs d'or, qui planquent leurs pépites dans leurs sacoches en attendant d'aller les revendre à Bamako, au Mali, et à Dakar. Il y a aussi les laveurs de terre, qui récupèrent pépites et poussière d'or des pierres broyées et qui amalgament le métal avec du mercure qu'ils prennent à main nue.
Et bien sûr il y a les mineurs, qui descendent à une dizaine de mètres de profondeur pour récupérer des blocs de pierre de plusieurs kilos. On appelle ce lieu le « placer ». Alignés en d'innombrables rangées, des Ghanéens, Guinéens, Sénégalais mais surtout Maliens descendent toute la journée sans aucune protection dans ces trous étroits, simplement consolidés avec de grosses branches. Fadéla Keita, un mineur malien, raconte :
« C'est très dangereux mais nous n'avons pas le choix, on doit gagner de l'argent, même si la terre risque de nous blesser. J'ai appris le métier ici, je descends avec une corde et une lampe torche, je reste au fond trois heures, six heures, ça dépend de ma fatigue ».
Un peu plus loin, un autre mineur dit avoir gagné 500 000 francs CFA (760 euros) en neuf mois. Ici, le gramme d'or se vend 22 000 francs CFA (34 euros).
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