Pour une gestion transparente de l'or de Sabodala

FORUM CIVIL
GOUVERNANCE ET CORRUPTION DANS LE DOMAINE DES RESSOURCES NATURELLES
ET DE L'ENVIRONNEMENT AU SENEGAL
RAPPORT D'ETUDE, 2006
La recherche sur la gouvernance environnementale a abouti à un constat
mitigé :
Si des acquis importants ont été enregistrés, force est de reconnaître qu'elle est handicapée
par de nombreuses contraintes. Les différents acquis sont le résultat d'une volonté
politique qui s'est traduite notamment par plusieurs avancées. D'une politique
périphérique au début des années 60/70, l'environnement est devenu un axe
structurant de différentes politiques qui sont appliquées au Sénégal. Le Sénégal a,
dans cette perspective, ratifié la quasi-totalité des Conventions internationales
relatives à l'environnement. Un effort d'amélioration de la gestion des finances
publiques, en général, dans le secteur de l'environnement, en particulier, est
constaté. C'est dans cette perspective que seront institués un cadre de dépenses à
moyen terme ainsi que les budgets par objectifs. L'option pour l'aide budgétaire
constitue la suite logique de l'approche intégrative des politiques économiques,
sociales et de l'environnement.
La gouvernance environnementale est cependant handicapée par de nombreuses
contraintes à la fois internes et externes. Au niveau interne, elle présente des
faiblesses à la fois d'ordre juridique et institutionnel. Les faiblesses juridiques tiennent
principalement à l'absence de clauses environnementales dans le code des marchés
publics, à l'empilement de codes et de divers textes qui a abouti à une
réglementation désarticulée, au décalage entre les règles et les pratiques. Au plan
institutionnel, le transfert hésitant des compétences de l'Etat aux collectivités locales
obère également la gestion rationnelle des ressources naturelles et de
l'environnement .L'absence d'une recherche scientifique dynamique est une autre
contrainte qui affecte la gouvernance environnementale.. Au niveau externe, la
gestion des ressources naturelles et de l'environnement est fortement tributaire des
engagements internationaux pris par le Sénégal ainsi que de l'appartenance du
Sénégal à un écosystème qu'il partage avec des pays voisins. Du point de vue des
engagements internationaux, ce sont surtout les accords de pêche et les accords de
l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) qui apparaissent comme les
contraintes majeures qui pèsent sur la gestion des ressources naturelles et de
l'environnement. Les accords de pêche ont surtout contribué à la réduction drastique
des ressources halieutiques et à la dégradation de l'environnement. Pour diverses
raisons, les accords de l'OMC influent sur la gestion des ressources naturelles et de
l'environnement. La libéralisation des échanges, à terme, réduira les préférences
dont bénéficient les pays de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) sur le
marché européen qui constitue leur principal marché d'exportation. Il s'ensuit une
perte conséquente de devises pour le Sénégal du fait de la concurrence des pays
asiatiques. Le statut d'exception de la protection de l'environnement à l'OMC réduit
également les possibilités d'utilisation des mesures commerciales à des fins de
protection de l'environnement.
L'appartenance du Sénégal au même écosystème avec les pays voisins est une
autre contrainte qui pèse sur la gestion des ressources naturelles et de
l'environnement dans la mesure où la mauvaise gestion des ressources dans un
pays aura des répercussions sur les ressources dans les autres pays. La gestion
transfrontalière apparaît ainsi comme une exigence pour la gestion durable des
ressources. Force est de constater que la gestion transfrontalière des ressources
naturelles et de l'environnement est encore embryonnaire.
Cette étude propose une analyse du niveau de gouvernabilité entendu comme étant
les conditions suffisantes pour exercer la régulation des ressources de manière «
normale ».
C'est pour constater qu'au Sénégal, la gouvernabilité des ressources naturelles et
environnementales reste faible. Quatre catégories de facteurs de gouvernabilité
étriquée sont identifiées. Au premier rang figure la désarticulation des textes qui se
traduit par l'inefficacité de la réglementation, la faiblesse des moyens de contrôle et
une centralité des lieux de décision. Ces dysfonctionnements sont un terrain
favorable à l'expression du jeu des acteurs. Les stratégies des acteurs constituent,
ce faisant, la seconde catégorie de facteurs. En effet, le libre accès à la ressource,
premier facteur annihilant la gouvernabilité des ressources naturelles, révèle
l'exposition élevée aux risques de prédation des ressources.
Nous sommes loin de l'application du « principe de responsabilité » lorsque l'on sait
que les gouvernements locaux s'impliquent faiblement dans la gestion des
ressources naturelles et ne développent pas suffisamment de capacités appropriées
à cette fin. Aussi, les impératifs à court terme sont caractéristiques de la culture de
pauvreté tout autant qu'ils reflètent le peu d'empressement pour une gestion durable.
Il faut y ajouter une troisième catégorie de facteurs de gouvernabilité étriquée
notamment la non mobilisation des connaissances scientifiques et techniques
susceptibles de permettre une maîtrise de l'état des stocks et une mise à jour des
informations sur les ressources. Enfin, une dernière catégorie de facteurs a trait à la
dépendance du financement de la gestion des ressources naturelles et de
l'environnement des partenaires extérieurs ainsi que les limites de l'environnement
politique plus porté au clientélisme qu'à la définition de règles démocratiques et
transparentes.
Si l'on compare les facteurs défavorables à la gouvernabilité aux facteurs opposés
rendant compte des avancées dans ce domaine des ressources naturelles, on
observe que le rapport est triplement déficitaire à une bonne gouvernance. Il est aisé
de constater que cette gouvernabilité faible articule au moins les facteurs de
causalité suivants : • une multiplicité de normes et la faible visibilité sur l'état des
stocks, laissant un large espace d'expression de l'incertitude, des chevauchements
et de l'inefficacité de la réglementation,
• une multiplicité d'acteurs non identifiés mais dépositaires d'enjeux, capables de
manipuler les espaces de pouvoir faiblement régulés.
Il nous apparaît que, tout compte fait, dans les situations de faible gouvernabilité, ce
ne sont pas la multiplicité des politiques sectorielles, fussent-elles participatives, ni les
prescriptions des conventions internationales qui inversent les tendances. Bien plus, il faut agir sur les articulations des politiques sectorielles ainsi que sur la maîtrise du jeu des acteurs à la fois au moment de la formulation des politiques mais aussi lors de leur conduite.
Les pratiques corruptives ont été classées en trois grandes catégories identifiées
parmi à la fois la corruption active, celle passive et enfin, celle anticipative. La première
catégorie réfère à différentes exemptions par le moyen de commissions versées,
d'arrangements effectués sciemment, de contournement de règles, de tribut obtenu, dissimulation faite, sous déclaration ou infiltration du dispositif de contrôle, tout ceci pour rendre possible l'extorsion de ressources dans des proportions exagérées et défiant toute logique de
protection de la nature. La seconde catégorie renvoie à différentes formes de faveurs
qu'on s'attire ou fait bénéficier par le procédé du piston, de l'abus du pouvoir
discrétionnaire de responsables, de népotisme, de détournement de vocation d'un
objet pour contourner les règles institutionnelles. Enfin, la troisième catégorie est
fédérée par la pratique de passedroit notamment les rentes de situation, les
gratifications reçues illicitement, les tributs versés lorsqu'on y est obligé.
Si la corruption est observée auprès d'une diversité de catégories d'acteurs, il faut
noter que les agents techniques et de l'administration constituent la cible vulnérable
des corrupteurs. De même, du fait de leur connaissance fine des procédures, les
intermédiaires agissent instamment sur les dysfonctionnements, manipulent les
interstices et servent à la fois de relais et d'instigateurs des pratiques corruptives
qu'ils contribuent à façonner avec ingéniosité.
L'administration locale n'est pas en reste car elle participe à favoriser l'extorsion des
ressources naturelles. La valeur économique des ressources naturelles et de
l'environnement demeure un facteur de premier ordre pour installer les propriétaires,
responsables de navire, les exploitants des ressources ligneuses, cynégétiques et
minières au rang des corrupteurs. Au-delà des dysfonctionnements institutionnels qui
demeurent le terreau des pratiques corruptives, la faible maîtrise des logiques des acteurs par les politiques publiques dans le domaine des ressources naturelles constitue une limite forte.
L'étude a cherché à montrer les articulations entre gouvernance et corruption. Au
premier plan figurent les faiblesses relatives à l'inadaptation, l'inefficacité et la non
fiabilité du dispositif de contrôle qui entraînent sa manipulation grande par des tiers.
Si ce facteur reste déterminant, c'est bien parce qu'il se traduit d'une part, par une
faible maîtrise du jeu des acteurs, entre autres, dans le contournement des règles et,
d'autre part, par ses incidences économiques forts élevées. Ensuite intervient le
cadre institutionnel nécessitant encore des améliorations en particulier l'inexistence
d'instruments juridiques à la fois pour la gestion transfrontalière et la gestion
intercommunale. La décentralisation en cours demande à être approfondie en mettant les collectivités locales en mesure de réaliser pleinement leurs compétences en ressources naturelles. Enfin, il faut relever la gestion du pouvoir de décision et d'exécution notamment le déficit d'exemplarité (usage abusif du pouvoir discrétionnaire), la non démocratisation des commissions locales, la faible traçabilité des recettes voire la non transparence de leur gestion.
Alors que les adjuvants restent inhérents à la gouvernance, les points positifs ont trait
à la qualité de l'approche et l'adaptation de la gestion des ressources naturelles
(GRN) aux facteurs humains. En effet, les éléments qui concourent à décourager la
non transparence se résument par l'appropriation et la participation des populations à
la GRN et les impacts de la réglementation en matière de corruption. Quoique la
gestion communautaire n'est pas généralisée, elle apparaît comme un facteur
dissuasif ayant un potentiel considérable de durabilité. Les codes gardent un effet
dissuasif tandis que la veillance sur les ressources est dépendamment du niveau
d'implication des populations concernées et de l'effectivité de la gestion conjointe pouvant se traduire par une diminution du braconnage par exemple en matière d'environnement des ressources cynégétiques. En plus d'avoir dressé un état des ressources dans les domaines forestiers, halieutiques, fonciers et miniers, l'étude s'est intéressée à l'estimation des externalités négatives au double plan économique et écologique. La pression sur les ressources reste forte, les
prédations deviennent encore plus sophistiquées, les pertes pour l'Etat, les
collectivités locales et les populations sont énormes. L'équilibre écologique est en
passe d'être complètement rompu.
Les recommandations vont dans le sens de l'amélioration de la gouvernabilité du
secteur des ressources naturelles et de l'environnement. Elles devront induire un
accès durable et équitable aux ressources naturelles. Ce facteur favorable à la
bonne gouvernance, est fortement tributaire de l'appropriation de la gestion des
ressources naturelles et environnementales par les communautés concernées et des
interactions dans un cadre de co-régulation qui favorisent des horizontalités entre les
différentes catégories d'acteurs (Etat, collectivités locales, société civile, secteur
privé, etc …). Il nous parait nécessaire d'agir en fonction des priorités suivantes :
- Une plus grande prise en compte du jeu des acteurs dans la définition des
politiques, en terme de savoir-faire, d'expériences réussies mais également de manipulations des
zones d'ombres et des ventres mous de la réglementation. Il n'est plus possible que
les politiques sectorielles fassent l'impasse sur l'inclusion des populations locales
dans les négociations ou lors de la prise de décision sur l'utilisation des ressources ;
- L'inadaptation des textes, étant une des causes majeures de leur inapplication,
devrait pouvoir être réglée par une meilleure prise en compte des stratégies locales de
régulation de l'utilisation des ressources. Pour cela, l'ancrage juridique et
institutionnel des conventions locales pourrait être renforcé ;
- L'achèvement du processus de décentralisation notamment par le renforcement du
poids des collectivités locales dans la prise de décision pour l'utilisation des
ressources ainsi que dans la répartition des bénéfices issus de leur exploitation. Il
s'agira de renforcer les pouvoirs prescriptifs et allocatifs des structures des
collectivités locales et parallèlement des programmes de renforcement des capacités
des élus locaux ;
- Le renforcement du dispositif de surveillance et de contrôle par des moyens
humains et matériels additionnels. De plus, la collégialité comme principe de
compositions de services préposés au contrôle et surveillance des ressources
semble limiter les pratiques corruptives ;
- La prise en compte du caractère écosystémique des ressources qui appelle une
vision globalisante et prospective et qui privilégiera de plus en plus l'intercommunalité et
des entités sous-régionales dans la prise de décision et les négociations
internationales ;
- Le renforcement de la production de connaissances sur l'état des stocks, le niveau
de dégradation qui sera un outil d'aide à la décision et d'argumentaires dans les
négociations. Il servira également à appuyer la mise en place de mécanismes
d'alerte et de mobilisation des acteurs par la mesure des externalités et les niveaux
de dégradations des ressources.

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